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“Le vénérable W” : un moine bouddhiste prêchant la haine

Dans la section hors compétition “La Méditerranée regarde le monde”, a été projeté Le vénérable W de Barbet Shroeder. Ce documentaire décortique la personnalité du moine bouddhiste birman Ashin  Wirathu, le commanditaire de l’oppression envers les musulmans Rohingyas.

Depuis son ouverture le 21 mars, le 3e Festival de Annaba du film méditerranéen propose des films aux thématiques diverses (conflits politiques, maux des sociétés contemporaines, les dommages de la guerre…). À ce propos on peut citer les œuvres Ghost Hunting de Raed Andoni, En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui, Fais soin de toi de Lakhdar Tati ou alors CHoisir à vingt ans de Villi Hermann. Pour la soirée de samedi, les spectateurs du théâtre régional Azzedine-Medjoubi ont été gratifiés par la projection en hors compétition du Vénérable W de Barbet Shroeder.

Présenté dans le cadre de la nouvelle section “La méditerranée regarde le monde”,  ce documentaire franco-suisse sorti en juin 2017 était troublant, car il fait découvrir les dessous des conflits en Birmanie entre les moines bouddhistes et la minorité musulmane. Le réalisateur connu pour ses docs Général Idi Amin Dada : autoportrait et L’avocat de la terreur sur Jacques Vergès, vient de clôturer cette trilogie du mal avec ce long-métrage où on découvre une facette hallucinante de ce bouddhiste. Le bouddhisme connu pour ses idéaux, notamment prôner la paix dans le monde, le respect des religions et des droits de l’homme, Ashin Wiratu leader du mouvement nationaliste 969 et du parti Ma Ba Tha, est loin d’être un religieux conventionnel. Sous un air angélique, doux et rassurant, il défend des idéologies haineuses et xénophobes.  

Shroeder a posé sa caméra avec finesse pour parler du racisme, et des oppressions à l’encontre des Rohingyas. Tenant le même discours qu’Hitler,  pour le moine “W” “les musulmans sont à exterminer. Cela dépend de la survie de notre race, de notre culture et de notre nation”. Pour arriver à ses fins, il a interdit la vente des produits alimentaires à cette ethnie, le mariage mixte, le pire : “Les bouddhistes n’ont pas le droit d’adresser la parole” à cette “race inférieure”. Outre l’entretien avec ce leader du mal, le réalisateur a décortiqué la question du conflit depuis sa naissance, et ce, avec le soutien de l’armée à Wirathu. Entre témoignages d’historiens et vidéos d’archives, nous découvrons des images affligeantes et oppressantes : entre massacres, viols, intimidations, des maisons incendiées et autres pratiques qui dépassent l’imaginaire ! Dans ce doc, le réel lève le voile sur les conséquences des discours haineux qui mènent droit à une violence impitoyable. Très objectif dans sa démarche, il laisse le spectateur tirer des conclusions et réfléchir de lui-même sur les horreurs commises par l’homme, et le pire, ces crimes passent sous silences devant la communauté internationale. Par ailleurs, il est à noter que cette édition sera clôturée le 27 mars au TRA, mais avant la remise des prix, les cinéphiles auront le temps de découvrir dans la journée d’aujourd’hui les films Zeus (algéro-portugais) de Filipe Monteiro, El Jaïda (Tunisie) de Selma Baccar ou encore le film belge (pays invité d’honneur) La part sauvage de Guérin Van De Vorst. La cinémathèque abritera les projections de Ninato (Espagne) d’Odrian Serano, Noces (Belgique) de Stephan Streker et Les hirodelles ne meurent pas à Jérusalem du Tunisien Ridha Behi, invité d’honneur du festival. À rappeler entre autres que le FAFM a été ponctué par des hommages à Mouloud Mammeri et la projection des Sept remparts de la citadelle de Ahmed Rachedi. 

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